Voilà bien six ans qu'on entend parler d'un revival post-punk et c'est seulement maintenant que nous vient le disque idéal pour en lancer la mode. Il arrive de Suède. Ce qui n'a pas dû vous échapper, puisque le groupe est connu depuis bientôt un an sur le web. Il est très bon, vous le savez déjà. Je n'en suis qu'à ma deuxième écoute mais je confirme que le plaisir de ces deux écoutes vaut bien la poignée d'euros dépensés. Premièrement, vous saurez sur quoi danser pendant les soirées d'hiver s'il vous prend l'envie d'organiser quelques réjouissances entre amis. Et, secundo, vous aurez un disque à ranger aux cotés de Funeral. Il y avait bien le disque de clap your hands say yeah pourvu à cet effet, mais il est un peu chiche, pour ne pas dire qu'il ressemble à un joli petit montage de lego. Ce n'est pas que ça ne fasse pas assez sérieux. Love is all n'est pas sérieux non plus, il sent lui aussi le champagne et la frivolité ; mais il a assez de démesure pour faire croire en lui, alors que les apparences factices de CYHSY s'associaient à la douceur colorée des jardins d'enfants. Love is all a une force de frappe et une immédiateté qui l'impose aux sens quand CYHSY fait une musique que l'on dirait en carton-pâte. Il y a eu aussi wolf parade, moins lyrique qu'arcade fire mais peut-être plus conséquent sur le long terme. Seulement on s'éloigne : wolf parade donne dans l'indie-rock US et ne fait pas grand cas des influences disco légèrement perceptibles sur les morceaux les plus dansants de leurs amis. Ce coté disco retrouve beaucoup de vigueur ces derniers temps, comme si la bousculade rock du début des années 2000 devait trouver sa fin dans un re-nouveau dansant, de la même façon que le punk s'était marié au courant disco au début des années 80. Les amateurs de cette époque retrouveront ainsi toute la fureur vocale de l'énorme single d'esg : « you're no good », que ces noires américaines de Brooklyn n'ont pas réussi à reproduire sur leur dernier album (Keep on moving, sorti cet été, assez mauvais et d'un minimalisme rasant). Ils retrouveront aussi la basse bondissante de a certain ratio -sorte de groupe anglais à l'esthétique coloniale marquée qui avait réalisé d'assez bons travaux dans la première moitié des 80' (sextet a été réédité il y a deux ans, chez soul jazz records). Et surtout chacun retrouvera la grandiloquence assumée d'arcade fire. Dans l'unique but de danser (avec des larmes aux yeux ?) car l'emphase collective n'est pas celle des funérailles mais celle de la fête. Les chœurs font penser à ceux de « wake up », autant qu'ils rappellent les la-la-la du formidable « sons and daughters of hungry ghosts » de wolf parade (un des meilleurs morceaux au monde, croyez-moi !). Et le tout a cette énergie dionysiaque qui transforme la musique en manifestation de ferveur débauchée, en ivresse ridicule et sublime où se mêlent des sentiments contraires, chacun exacerbé le plus possible, afin de s'en délivrer et de s'en aller au lit, l'esprit libéré des obsessions, le cœur délesté des passions. Le dernier morceau a en plus cette élégance anglaise qu'on trouvait aux libertines, histoire de montrer que la romance et la classe dégingandée n'ont pas été oubliées de cet appel aux nuits blanches, scandée par une aimable ménade à la voix stridente.
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