Voilà bien un sujet qui m’embarrasse, depuis quelques temps. L’histoire du bon goût, de toute évidence, a retenu le rock’n’roll et la musique punk, mais a jeté au vide-ordure le courant progressif. Et je ne suis pas connaisseur de la chose ; impossible donc de dire s’il y a injustice ou pas. Quelque chose toutefois me semble louche dans cette affaire.
Suite aux conseils d’un ami, j’ai écouté –survolé- un disque de Genesis, qui passe pour être un des abominables monstres des années 70 et 80. Je n’ai pas trouvé cela beau mais, en relativisant, je crois pouvoir dire qu’un bon nombre des groupes que j’écoute aujourd’hui ne valent davantage qu’en raison de leur mise en son plus moderne et de l’enthousiasme inévitable qu’engendre leur sortie. Quid de ces groupes dans une vingtaine d’années ? Peut-être n’est-il même pas besoin d’attendre si longtemps…
Dans les années 70 les étudiants des facs discutaient rock progressif. Aujourd’hui ils discutent post-rock. Certains ont parfaitement conscience de l’assimilation possible de ces deux mouvements, le post-rock n’étant que le visage moderne –à peine voilé- du prog-rock seventies. Ils acceptent et revendiquent parfois même cette filiation. Tant mieux, il faut assumer ses choix. Respect donc. D’autres se trouvent malheureusement dans une situation plus ambivalente, voire même ridicule –et ils parcourent la toile ; faîtes une petite virée sur les sites dédiées à la musique indé et vous trouverez des légions de poppeux fans de godspeed you ! black emperor qui, par convenance ? par ignorance ? font mine (peut-être sincèrement) de détester le rock progressif, en bon enfant des années punk. Ils ignorent sans doute que les vrais descendants des punks, les irréductibles du rock’n’roll les conchie purement et simplement.
Mon propos n’est pas de déterminer qui écoute de la bonne musique, qui en écoute de la mauvaise…je ne suis pas à l’abri du mauvais goût et je crois avoir clairement conscience que les groupes dont j’ai récemment parlé, à commencer par les fiery furnaces et my morning jacket, sont authentiquement prog –autrement dit, selon la hiérarchie de valeurs chère aux inrocks ou à rock’n’folk, des représentants du mauvais goût. Au passage il est assez cocasse de voir ces mêmes groupes portés aux nues dans ces mêmes magazines, qui justement font la guerre au rock progressif. Imaginez cela : le disque de my morning jacket a obtenu la note suprême de la part de rock’n’folk ! Dans une dizaine d’années, ils n’en parleront plus, ou en mal…et feront mine de n’avoir jamais aimé.
Pour ma part, je vais expliciter ma position, inutile de laisser le lecteur dans le doute. Je ne suis pas fan de rock progressif, pour le peu que j’en ai entendu ; quant aux groupes qui aujourd’hui y sont sciemment ou pas affiliés, ils ne sont qu’un certain nombre à m’intéresser : les fiery furnaces donc, animal collective (encore que…pas sans réserves), my morning jacket, qui a réalisé un album assez sympathique…ça fait peu. Mais d’un autre coté, je n’aime pas non plus son antonyme : la musique punk. J’aime Television, j’aime les clash, j’aime wire, j’aime les descendants du punk comme joy division, certains ancêtres comme les modern lovers ou Patti Smith…mais de là à dire que j’aime les punks…Je n’aime à vrai dire aucun mouvement, aucune attitude en particulier, juste un certain nombre de groupes, épars. Et s’il me fallait choisir entre genesis et les sex pistols, je ne prendrais ni l’un ni l’autre. Les premiers ont mal vieilli et sont ennuyeux et plombant, tandis que les seconds sont tellement gouailleurs que c’en est crispant.
Je ne fais pas partie de ceux qui aiment parce qu’il est de bon ton d’aimer. J’achète mes disques selon leur réputation, mais je ne me force pas à les aimer. J’ai laissé le soin à mon père de s’acheter un disque des stooges. J’y ai posé une oreille…pas mal. Mais, et c’est désormais ma devise favorite : quand mon père passe les stooges, je baisse le son.
Bref, je ne suis pas très rock’n’roll dans l’âme…Alors vous pensez bien qu’en me vantant les mérites du rock par rapport aux ignominies de la musique progressive, on ne me convainc pas. Ces jugements de valeur pourtant ne me laissent pas froids. Je me suis souvent posé cette question : qu’est-ce qui fait que tel mouvement est plus intéressant qu’un autre ?
La réponse à laquelle j’aurais aimé consentir est celle de l’esthète : telle musique est plus belle qu’une autre. Mais quand j’écoute les stooges ou les sex pistols, je me rends vite à l’évidence : ce n’est pas la beauté qui fait la valeur de ces artistes. Entre les beach boys et animal collective, je suis d’accord : pet sounds est une merveille esthétique indépassable. Entre television et genesis, je ne me pose pas davantage la question : marquee moon est le plus bel album que j’ai entendu après pet sounds. Mais entre les sex pistols d’un coté et genesis de l’autre, là, j’achoppe. Il n’y a de beauté ni d’un coté ni de l’autre, et à moins d’avoir un cerveau et des sens complètement dérangés, on ne peut pas me contester. L’intérêt est donc ailleurs. Dans l’intensité peut-être, dans l’attitude, sans doute…
J’en dis plus dès...demain peut-être…à suivre…











Clashdoherty
dim 06 aoû 2006 12:24