BANG BANG ROCK'N'ROLL (art brut, 2005)  (Années 2000) posté le vendredi 05 mai 2006 13:06

Cela fait bien huit mois que je l’ai acheté et huit mois qu’il traîne dans la commode à disques…Le contenu ne m’a jamais autant enthousiasmé que sa pochette, mais face à l’engouement général qui a depuis déferlé, sans doute par le biais des concerts, je me suis dit qu’il fallait bien que je le réécoute, au moins une fois, pour voir, sait-on jamais...

Je passe souvent à coté des grands disques, je le reconnais, et quand il m’arrive d’en acheter un avant qu’on entende parler de lui pour la première fois, je ne suis jamais le premier à crier au génie. Une fois de plus ce fut le cas. A l’époque où j’ai fait son acquisition, personne ne connaissait art brut, encore moins les journalistes, et moi-même je n’avais jamais écouté un seul morceau de ce groupe au nom étrangement arty, mais dont j’ai tout de suite senti l’humour décalé. Ce n’est pas une question de flair, c’est une question de pochette, qui, comme je le suggérais dans un précédent post, est souvent à l’image du contenu. D’emblée, la musique d’art brut nous est exposée, toute en couleur, sur cette magnifique et très parlante présentation.

Je désespérais de trouver un groupe qui ait enfin une attitude prononcée, loin de la sensiblerie des sous-radiohead efféminés, loin aussi de toute tentation fashion, et en tombant par hasard sur cette pochette, je pensais l’avoir trouvé.

Quelques visages au regard lucide et espiègle, des personnalités qu’on sent imposantes et joueuses, des rockeurs taquins au charisme très assuré…je sais que toute tentative de physiognomonie est aussi une tentation à la bêtise, mais ces visages respiraient l’intelligence et, en bon séducteurs, ils m’ont séduit.

Alain dit toutefois qu’avoir l’air intelligent ne va pas en la faveur de l'individu, parce qu’alors il lui faut ne pas démériter. C’est dire que je les attendais au tournant.

Pas de déception de mise ici. Je fus physionomiste, comme l’ont été sans aucun doute les photographes et les poseurs, conscients de l’importance de l’image dans le rock. La lucidité et l’ironie patentes des regards trouvent une expression idoine dans les paroles et la diction d’Eddie Argos. Pas besoin d’être un anglophone averti pour sentir, ne serait-ce que par la façon de dire, toute la dérision présente dans les paroles. Argos a le sens de la formule, et tous ces textes sont émaillés de petites phrases clé, qui restent dans l’esprit. L’une d’entre elles –fort à propos en ces temps- a été choisie comme formule publicitaire pour la réédition de l’album : « we ‘re gonna be the band that writes the song that makes Israel and Palestine get along ». C’est à ce genre d’humour qu’on a droit tout au long de l’album, excepté le temps de quelques chansons plus sensibles, comme leur chef d’œuvre : Emily Kane, dans lequel Argos parle de son premier amour, qu’il dit regretter encore. La beauté du morceau tient à l’absence totale de niaiserie –et peut-être aussi à son caractère exceptionnel au sein d’un album si malicieux- mais surtout à l’irréductible humour d’Argos, qui continue à irriguer son texte et qui rend le regret plus léger, moins amer, mais plus sensible encore, puique l'humour ne masque les tristesse que pour mieux les faire sentir.

Immédiatement charmé par ce morceau ainsi que par les deux premiers (l’intro de formed a band surtout possède la puissance irrésistible du reuters de wire, auquel on a souvent comparé art brut –à tort, puisqu’Eddie Argos et ses compères ne connaissaient pas encore le groupe), je fus plus que déçu par la suite. Déjà, à la décharge de l’album, il me faut préciser que je n’aime pas le son punk-rock : ça me saoule très vite. Je pense l’avoir déjà dit, je suis une petite nature : il y a des jours –fréquents- où à forte dose ce genre de rythme me rend mal-à-l’aise. J’ai très peu développé le coté « physique » de ma personne et c’est une dimension de l’existence que je ne supporte que modérément. Pour cette raison, il m’apparaît évident que jamais art brut ne comptera parmi mes groupes favoris, quand bien même je leur reconnais des qualités d’écriture indubitables.

Sur ce point toutefois, une réserve m’empêche d’admirer, comme tout un chacun, les dons de paroliers d’Argos : son débit de paroles est trop volumineux ; ses textes ont été écrits avant que la musique n’apparaisse et ils comportent bien trop de mots (c’est le coté littéraire d’Argos, qui ne se marrie pas bien avec le rock de ses musiciens). Le résultat est le suivant : Argos ne chante pas, il parle, avec un certain accent, en y mettant le ton adéquat, pas éloigné du style de Mark E.Smith, mais bien moins désagréable, et semble avoir des difficultés à caser tous les mots dans des morceaux qui semblent un peu étriqués. C’est l’impression qui ressort du disque : un mec embarrassé par une veste trop serrée. C’est parfois très crispant. Enfin, à mon sens. C’est de toute façon ce qui m’a empêché d’apprécier ce disque à sa juste valeur.

Aujourd’hui je le réécoute, je l’aime davantage, je lui trouve beaucoup de forces et un style propre à lui, mais le débit de paroles d’Argos me fatigue quand même à la longue. L’alliage entre musique et chant me semble un peu moins maladroit qu’avant, mais toujours disharmonieux. On me dira : c’est ça le punk-rock ; si ça ne te plaît pas va écouter radiohead. Mouais, dans le style, je préfère le chanteur des good shoes, c’est moins anguleux. Parce que c’est là ce qui me gêne : tout me paraît trop saccadé.

Un dernier reproche : ce disque est un objet réflexif sur le rock. Depuis que le rock s’est constitué en culture, il a les mêmes travers que la littérature : au lieu de parler de la vie quotidienne, il parle de ce qu’est le rock. Ce n’est pas le cas de tous les morceaux  évidemment, mais l’introduction de l’album va dans ce sens : « we formed a band ». Le titre de l’album d’ailleurs parle pour moi : « bang bang rock’n’roll ». C’est volontaire naturellement, et ce qui est un reproche dans ma bouche devient un éloge dans celle d’un autre…ne vous fiez donc pas à moi, vous êtes assez adultes pour faire vos propres choix.

Et de toute évidence, ce disque-là est un bon disque, même s’il existe (du moins je l’espère) mieux. Non seulement un bon disque mais aussi un disque marquant, à tort ou à raison.

Partager

Déposez un commentaire !

(facultatif)

(facultatif)

error

Attention, les propos injurieux, racistes, etc. sont interdits sur ce site.
Si une personne porte plainte, nous utiliserons votre adresse internet (38.107.191.112) pour vous identifier.     

Aucun commentaire pour l'article:
BANG BANG ROCK'N'ROLL (art brut, 2005)


 

ouvrir la barre
fermer la barre

Vous devez être connecté pour écrire un message à lonelyparade

Vous devez être connecté pour ajouter lonelyparade à vos amis

 
Créer un blog