digressions, sans garde-fou...

THE LIBERTINES -à celle qui me les a fait découvrir.  (digressions, sans garde-fou...) posté le mardi 18 juillet 2006 23:54

On écoute, paraît-il, la musique qui nous ressemble. Du moins ce serait plus simple ainsi. Pourquoi toujours tant d’ambivalence ? Pourquoi chercher son plaisir là où il n’y a souvent qu’hostilité ? Pourquoi être ému par ceux là même que nous détestons si souvent, et qui nous le rendent si bien ? Dans un monde idéalement simple, nous n’écouterions que les musiques dont les couleurs se fondraient harmonieusement sur la toile de fond de notre existence. Les gens calmes écouteraient de la musique calme et reposante, qui ne bouscule pas trop leurs nerfs, qui ne leur donne pas l’impression qu’un individu fruste et sauvage les prend par l’épaule et les secoue violemment alors même qu’ils n’aspirent qu’au repos, à l’extinction des feus, à un havre de paix. Pendant ce temps, ceux qui ont la bougeotte et qui ne peuvent souffrir leur vie qu’en la brûlant par les deux bouts écouteraient les libertines et tout serait bien dans le meilleur des mondes. Il y aurait pour ainsi dire deux clans, et il suffirait de choisir ses frères d’armes, ses compagnons de galère, ceux qui sauraient nous comprendre et ne pas rendre nos vies insupportables. Ceux qui respecteraient notre silence lorsque nous voulons nous taire et notre parole lorsque nous voulons parler. Ceux qui comprendraient qu’à vingt ans on n’ait pas envie de vivre plus intensément –sinon en rêve- et ceux qui nous soutiendraient dans nos dérives.

 

Nous serions en famille, en quelque sorte, entre gens de bonne compagnie, entre gens de même valeur…cela est dans le fond assez écoeurant, comme toujours lorsqu’un groupe d’individus se satisfait de son entente commune.

 

« tu as écouté le dernier tv on the radio? Quelle merveille ! Voilà un groupe bien plus pertinent que les branleurs d’arctic monkeys. Mais ils sont jeunes, c’est bien pardonnable à leur âge. Je n’en dirais pas autant du dernier primal scream. Du rock’n’roll binaire, sans originalité, d’une vulgarité ! On ne devrait plus s’évertuer à ce genre de divertissement débile… »

 

« Tv on the radio ? de la musique pour bande-mou et pseudo-intello névrosé. Ce qui me fait marrer, c’est leur prétentions politiques et artistiques à deux balles.  Les mecs sont évidemment adulés par toute l’élite indé, fière de son bon-goût. »

 

Bienheureux ceux qui se retrouvent dans l’une ou l’autre de ces déclarations. Ils auront tôt fait de trouver leurs frères. Ils se feront railler par le clan adverse mais qu’importe ! Ils ont leur meute avec eux.

 

En vérité, les choses sont souvent plus complexes : nos goûts englobent des styles et des registres parfois contradictoires et notre identité se fragmente en une multitude de tendances qui ne se concilient pas toujours très bien dans un même corps. Pourtant, quoiqu’on fasse, quoiqu’on aime et quoiqu’on dise, on est toujours « quelqu’un » pour les autres. A leurs yeux, on forme une personne entière, qu’on peut définir en quelques traits. Lui, par exemple, c’est un énervé, il écoute du grunge sans doute. Lui, c’est un dandy arrogant, fier, libertin et indépendant, il aime sans doute les libs. Lui, il est mou et sérieux, il doit aimer la musique sage et pas trop ‘jeune’. Lui, il est prétentieux et intello, il ne doit écouter que ce qui est certifié ‘passionnant’ par les inrocks…

 

Qu’on le veuille ou non, qu’on se sente enfermé ou pas, on finit par se prêter au jeu. Et on s’étonne soi-même d’écouter certains trucs. On en vient à se demander si on a le droit ou pas, si on n’est pas ‘inauthentique’, imposteur. Par exemple, là, j’écoutais up the bracket des libs. J’adore. Mais quel rapport entre moi et cette musique ? Entre moi et les mecs qui la font ? On est comme chien et chat je suis sûr. On se rencontrerait, on ne se supporterait sans doute pas. Ça ne ma va pas, dirait-on, d’écouter ça. C’est pas pour moi. Un jour, tu me l’as dit d’ailleurs, ouvertement, parce que tu étais fâchée –j’avais dû te dire une méchanceté (sans doute méritée)- : « je regrette de t’avoir fait découvrir les libs, oh oui, je le regrette énormément. » Tu as pas mal insisté la dessus. J’avais le sentiment que tu disais un peu vrai. Pourquoi j’écouterais les libs ? Je suis sérieux, ou disons « grave », pas capable de prendre les choses à la légère, cérébral, assez élitiste dans l’esprit, mou (ou disons « calme »), pas du genre à danser toute la nuit, hyper casanier –c’est tout juste si j’ose bouger de chez moi- pas très libertaire, assez conservateur, pragmatique et rationaliste. D’ailleurs tout est dans le mot : the libertines. En français, ça ne bouge pas beaucoup : les libertins. Eux, ils se résument en un mot : ils sont libertins. Tout ce que je ne suis pas. Indépendance, liberté prise à pleine main, sensualité, vie brûlée par les deux bouts, rêves réalisés vaille que vaille, énergie déployée, dandysme, pas de temps morts, vivre, vivre et vivre, intensifier l’existence, la rendre plus belle par la force de sa volonté créatrice…Je ne sais pas trop en fait, je résume sans doute assez mal. Je ne trouve pas tout à fait l’idée que je cherche. On ne la trouve jamais, lorsqu’un sujet nous tient à cœur. D’ailleurs il n’y a pas d’idées à chercher, il suffit d’écouter leur musique pour comprendre. Question de feeling. Moi, comparé aux libertines, je suis sans doute le premier de classe, le bon élève bien sage et respectueux des consignes, qui ne s’éloigne jamais trop des conventions (image qui m’a toujours insupportée tant mon individualisme et mon orgueil sont sans bornes, image dont il est d’ailleurs possible de démontrer, preuves à l’appui, qu’elle ne me convient en rien, pourtant je la traîne toujours plus ou moins avec moi, par fatalité presque, quoique par fatalité aussi, je me sois toujours démarqué des autres.). Je suis très certainement celui qui ne se risque pas trop à vivre, de peur de se faire mal à un cheveu, qui ne se défoule jamais, qui ne veut rien d’autre que le calme et la sérénité. Le moralisateur aussi, celui qui, en bon bourgeois, dit ce qui se fait et ne se fait pas et s’indigne de la conduite désastreuse des gens trop fiers, indépendants et libres. Je ne sais pas dans quelle mesure ces clichés me correspondent ou pas, mais il est plus facile de me les accoler plutôt que de me glisser dans la peau d’un Doherty bis. Par ailleurs, il est vrai que je déteste la poésie. Je sais de quoi je parle, je serai bientôt payé pour la connaître. Je n’aime pas la littérature appréciée par les fans de rock : Oscar Wilde, avec son ironie et sa supériorité agaçante,  Kerouac qui me fatigue avec sa route trop longue, ou encore Rimbaud, mon antithèse absolue.

Je n’aime pas non plus la mise en valeur d’individus, telle que le rock’n’roll s’en est fait la spécialité. Ces idoles, ces individus devenus « figures », dans lesquels le public est censé se reconnaître et qu’il est censé admirer…je ne me suis jamais reconnu dans le moindre d’entre eux et je suis trop fier et présomptueux pour accepter l’idée que je puisse admirer quelqu’un. Aucun n’est mon frère, avec aucun d’entre eux je ne peux accorder mon âme. Je reste seul,  isolé, aimant parfois la même musique que les autres, mais pour des raisons, dirait-on, différentes. Comme si je n’avais rien à faire là. J’aime le rock par accident. J’aurais dû aimer autre chose, le classique peut-être…

 

Depuis quelques temps, sans que je sache pourquoi, j’aime les libertines. J’aime aussi les dirty pretty things, c’est un fait. Et cela ne peut se contester, puisque c’est une question de sensation.

J’ai toujours été plus attiré par les conflits moraux tendus et crispés que par l’éloge de la liberté et sa jouissance sans bornes ; je me suis toujours senti plus d’affinités avec les losers névrosés, perdus entre deux rives, qu’avec les dandy élégants, jeunes et fringants, envers lesquels je conçois parfois quelque jalousie –à cause de mon célibat, cela va de soi. J’ai toujours été plus enclin à estimer le travail plutôt que la spontanéité, à apprécier la rigueur de l’intellect plutôt que l’inconséquence de la sensualité, quoique je préfère au talent le génie, qui, comme l’on se doute, est au contraire du premier –qui s’obtient par un labeur constant- une fibre innée et sans calcul.

Mais aujourd’hui je me retrouve à préférer écouter cent fois un morceau vif, jeune et incontinent comme up the bracket plutôt qu’un album entier d’un groupe expérimental laborieux et fatigant ou une divagation post-rock proche de la soupe atmosphérique.

 

Les libertines…ou le groupe le plus complexe auquel j’ai été confronté. Celui qui m’échappe parce qu’il diffère trop de moi, mais qui m’enthousiasme et m’émeut parce qu’il réveille mes rêves profonds. Ce ressenti n’est bien sûr pas étranger à ma relation avec la personne qui me les a fait découvrir. Il est du même ordre : attirance compulsive, répulsion raisonnée. Envie de continuer à discuter, à se chamailler, à opposer deux façon d’être parfois radicalement opposées comme dans l’espoir vague que seul un mauvais malentendu nous sépare, puis aboutir à une vérité partageable, mais envie aussi de rompre tout contact, de laisser reposer chacun dans la relativité de sa personne et de ses jugements. Dialogue de sourds entre deux murs mais échange de perceptions parfois communes. Envie d’haïr, envie d’aimer. Compréhension, puis refus de la compréhension…tolérance, puis raideur. Voilà qui me caractérise assez. La musique des libs je l’ai associée à toi. Aussi je ne peux pas l’aimer sans la haïr, ni la haïr sans me mentir. Des jours je l’aime beaucoup, des jours elle me saoule…ça ressemble à la vie, tout simplement.

 

Et moi, je vais arrêter d’écrire avec cette même sensation de frustration amère que lorsque je tente d’exposer ce qu’il y a en mon âme. C’est l’impression de m’être trompé, d’avoir ajouté trop de couleurs à un tableau que j’aurais voulu sobre mais juste et précis, comme une de ses lignes tracées par les calligraphes. Ces légères erreurs d’appréciation qui émaillent le texte et contribuent à donner de moi une image qui ne me ressemble pas…Tant pis. Vous, lecteurs anonymes, ne me connaissez pas, et que je me présente sous de vrais ou de faux traits, qu’ils soient ou pas à mon avantage, ne changera ni ma vie ni la vôtre. Il se peut en réalité que je me sois caricaturé pour mieux vous rendre sensible cette inadéquation au monde des libs qui rend d’autant plus étonnante l’énorme estime que j’ai d’eux. Que l’on considère cela comme un procédé de mauvais écrivain qui, au lieu d’atteindre la clarté et la vérité (ma seule idole) qu’il avait l’arrogance de viser, a fini par monter une fiction de lui-même, pas forcément la meilleure, ni la mieux écrite.  

 

Fuck Em’

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INTERVIEW EXCLUSIVE DES SWINGING LADIES!!!  (digressions, sans garde-fou...) posté le lundi 19 juin 2006 19:52

Moment historique pour un site de si faible amplitude ! Voici, recueillie par moi-même, l’interview exclusive que Willy Oak, leader de la quintette franco-anglaise curieusement nommée « the swinging ladies », d’après une compilation dédiée aux chanteuses de Duke Ellington (the singing ladies) et qui ne compte pas en son sein la moindre femme, m’a accordé de bonne grâce le jeudi 15 juin à Lille où, le soir même, il se fendait d’une très courte prestation avec deux autres membres du groupe dans un obscur petit bar isolé.

Romain Everin, étudiant en 98 l’anglais à Birmingham, rencontre dans un bus le jeune Willy Oak (alors agé de 19 ans) qui reluque la pochette d’un disque fraîchement acquis : the modern lovers. La discussion s’engage alors entre les deux jeunes musiciens (Romain pratique la guitare quand Willy apprend le banjo et touche un peu au piano). Je ne faisais pas grand-chose de mes journées, j’avais été recalé lors de ma première année à la fac et en Angleterre on n’a pas de deuxième chance. Je m’apprêtais donc à changer d’orientation ou à devenir chômeur, au grand dame de mes parents ; pour un gosse élevé dans la middle classe, c’est un parcours atypique. En général, on apprend à réussir. Le banjo, c’était pour me donner envie de faire quelque chose. Le jeune homme chante déjà beaucoup, écrit des paroles et compose au piano des morceaux qui, selon Romain, étaient faits pour être joués à la guitare. Romain me confiait récemment : quand je l’ai entendu pour la première fois, cela n’avait rien à voir avec de la variété, pas plus avec du rock ; c’était Van Morrison au piano, voilà tout.

Le groupe se forme autour des amis français de Romain et d’un bassiste anglais recruté par annonces. Il est remplacé en 2001, suite à diverses agressions, puis le groupe trouve sa forme définitive en 2002, après le départ du batteur. Après avoir écumé les pubs, les français retournent aux bercails et les deux membres anglais suivent dès septembre. Ils ont déjà signé un contrat avec offline qui les fait enregistrer dans un studio à Paris où ils côtoient wednesday vacation, autre groupe anglais momentanément expatrié. En 2003 sort leur premier album « the times when we were heroes », étrange objet rock cyclothymique à la fois mélancolique et parcouru d’éclairs nerveux et d’éclats de voix rauques, que seule la presse française semble avoir ignorée, mais qui a été salué à l’étranger, surtout aux Etats-Unis où le groupe a acquis une si belle réputation qu’il s’est vu offrir les premières parties de divers groupes importants. Chef d’œuvre insurpassable avec le recul, ce premier disque a été succédé par un « spoken words » (2004) beaucoup plus intimiste et  moins enragé que le précédent, moins nostalgique aussi. Les critiques furent plus mitigées ; les premiers admirateurs du groupe lui ont reproché alors une certaine tiédeur, un trop grand désir de sophistication et une orientation trop pop. Mais en 2005 sort un ep sobrement intitulé « songbook » formidable, enlevé, tendu, agile et suave. Sans temps mort la musique du groupe reprend du poil de la bête, tout en restant très pop. Le groupe s’apprête maintenant à sortir un album exceptionnel, étonnamment diversifié, plus proche que jamais d’un folk-rock américain rugueux, strié de nervures électriques violentes et caverneuses et pourtant pop lorsqu’il décide d’ouvrager de petites symphonies de poche. La musique du groupe, plus spontanée que jamais mais en même temps particulièrement achevée soulève de son souffle une voix érodée comme un rocher assailli par des déferlantes violentes, à la fois virile et tremblante.

J’en dirai davantage une prochaine fois, en attendant voici la première partie de cet entretien fleuve.

                                                                                  ***

 

Que penses-tu de la scène actuelle ? Quelle est votre position par rapport aux groupes d’aujourd’hui ?

 

La scène actuelle ? Pour le moment il y en a plusieurs, diversement localisées. Avec le temps il est possible qu’on n’en retienne plus qu’une, comme c’est souvent le cas. Tu ne vas pas croire quand même qu’en 77 tout le monde était punk et jouait au CBGB ? Sur le coup, la vision des choses était différente. Quand le mouvement a émergé, c’était encore un bourgeon underground. Ça s’agitait, voilà tout. Les yeux du public étaient rivés ailleurs ; faut-il rappeler que les eagles étaient numéro un ? Les groupes prog étaient encore encensés. Eux-même avaient été underground quelques années auparavant…

Alors nous, aujourd’hui, où veux-tu qu’on se situe ? Par rapport à quoi, à qui ?

 

Ces dernières années ont été marquées par le renouveau rock, non ?

 

Le renouveau rock « urbain », j’insiste sur ce mot. Voilà que le velvet underground, passagèrement oublié, refait surface, entraînant avec lui le Mc5, les stooges et autres grands groupes plus importants aujourd’hui qu’ils ne l’ont jamais été. Ce sont des cycles, ça passera. Je vois à peu près les choses comme ça : à un moment donné, les conditions sociales et l’environnement musical font que des jeunes empoignent des guitares et se lâchent un coup. Ça intervient au moment clé. La mollesse générale en prend alors pour son grade, quelque chose se crée, une musique populaire directe, sans fioritures, qui touche dans le mille. Puis la chose est récupérée et perd de sa saveur. L’effervescence passée, tout redevient plus calme. L’ordre revient. On peut alors faire le point, intellectualiser, tenter des expérimentations réfléchies. La spontanéité se perd mais la sophistication prend le dessus. On prend le temps de créer des musiques intimistes qui parlent à l’âme plus qu’au corps. Jusqu’au moment où ça vire à l’inertie, à la paralysie des forces, aux arguties creuses. On parle des disques plus qu’on ne les écoute. La musique n’est plus touchante, elle est intéressante. Ça veut tout dire. Alors, le cycle continue, la rue gronde, des musiques spontanées émergent à nouveau, etc. Et les mêmes oppositions persistent entre les paons qui étalent leur roue et les coqs qui chantent leur simplicité. Tout cela est quelque peu lassant…

 

Et vous dans cette affaire, vous êtes de quel bord ?

 

Par tendance, on aime tous ici à un certain point la musique mélancolique. C’est peut-être même plus physique que spirituel. Surtout chez moi. Je ne vais pas entrer dans les détails, mais on sait tous les raisons qui nous ont fait arrêter la scène. La décision venait de moi et c’était par hygiène de vie. Je ne supportais ni les voyages ni la scène. Pendant un moment, mon idéal de vie –quasiment réalisé aujourd’hui- était de végéter comme une plante d’appartement. Cela me sied parfaitement. Je n’ai pas besoin d’une grande quantité de mouvement. Alors forcément la musique que j’écoute est à l’avenant. Mais personne n’est fait d’un bloc : j’écoute aussi pas mal de rock’n’roll, notamment les dirty pretty things qui sont excellents. Puis des classiques inusables : clash, television, wire…

 

Pendant un temps, votre volonté affichée de faire de la musique pop a pu passer pour une prise de position envers tous ceux qui vous avaient classés « rock »…

 

Ces petites guerres intestines sont évidemment stupides ; rock, pop, folk, peu importent les noms, n’est-ce pas ? C’est de la musique, ça s’écoute ; on aime ou on n’aime pas. Qu’on appelle ça art ou shit c’est le même tarif, les sensations sont les mêmes, c’est ce qui compte. Les catégories n’ont jamais fait que du tort. Mais elles aident à y voir plus clair quand même. A l’occasion, j’aime bien remettre les choses à leur juste place. Quand on parle de nous comme d’un groupe de rock, on nous expose à des attaques faciles et déplacées. Or, je ne fais pas de la musique pour entendre dire par un ahuri survolté qu’on bande mou. Qu’il retourne zoner dans son club, on s’adresse à tous mais on snobe un peu les cons.

 

Si vous deviez fraterniser avec un groupe contemporain, lequel choisiriez-vous ?

 

Mais c’est déjà fait ! (grand sourire) Dès le départ nous avons été soutenus par perfect blue et les wednesday vacation. Disons qu’on forme plus ou moins une bande de pote. Je serais incapable je crois de coopérer avec d’autres groupes, notre démarche reste foncièrement individualiste. Pas par éthique ou idéologie, juste par tendance naturelle. Mais ta question revient à me demander quels sont les groupes dont je me sens proche aujourd’hui. Il y en a plusieurs. Ce n’est pas toujours une question de talent, note bien. Parfois la sympathie suffit. Regarde les shout out louds, ils ne jouent pas dans la cour des grands, mais leur ingéniosité et leur innocence me touchent. Pour les walkmen, j’en suis toujours à me demander si ce qu’ils font est bien ou pas, mais cela étant, j’aime écouter leurs disques. Les jugements de goûts passent au second plan. Il n’y a que les strokes et le brian jonestown massacre que j’admire réellement.

 

L’Amérique…on dirait qu’elle t'obsède. On a pu te comparer à Jason Molina…

 

Hum…je connais mal son travail, mais pour le peu que j’en ai entendu, je sais qu’il est meilleur que nous. Je vais creuser un peu car, oui, je crois qu’on peut se sentir proche de la musique rurale des Amériques. Quand tu parlais tout à l’heure du retour du rock, j’insistais sur le fait qu’il soit essentiellement urbain. Les strokes et les libs ne doivent pas parler beaucoup à un jeune gazier perdu au fin fond du Texas. Ça représente peut-être le rêve romantique des grandes capitales. Un truc qui fascine, mais qui fait mal parce qu’on en est loin. Quand on écoute des musiques qui ne parlent pas de notre vie, qui ne nous ressemblent pas, on se sent terriblement étranger, loin de tout et seul. Je reprends à mon compte une phrase d’Iggy Pop : « So I stand at the world’s edge ». J’ignore le sens qu’il y mettait, mais ça correspond parfaitement. Ce pays quand on y songe est beaucoup trop grand, incroyablement mal fait. On s’étonne après que des vieux réac’ du Kansas aient voté Bush…Est-ce qu’on leur a seulement enseigné autre chose que la genèse ? Ont-ils entendu parler de la théorie de l’espèce ? La science n’a pas plus de crédit pour les trois quart d’entre eux que la Bible n’en a pour nous…bon, ok, je m’égare…ces généralités m’exaspèrent autant que toi, je t’assure. Ils ne sont pas tous comme ça, loin de là. Mais voilà, cette terre ne vit pas au même rythme que N-Y. les disparités sont grandes et cela se ressent aussi sur le plan musical. Je me sens une certaine attirance pour la musique de l’Amérique rurale, oui. Quand les punks made in 77 sont revenus à la mode, les antiques barbus du band et John Fogerty sont restés le cul dans le terreau, et ça, ce n’est pas cool.

 

Tu aimerais qu’il y ait un renversement des tendances ?

 

Point du tout. J’aimerais juste que chacun trouve son compte et qu’on cesse de porter au pinacle les mêmes branquignoles. Les new york dolls se sont reformés, mon dieu ! Quelle bonne nouvelle !ça va être l’occasion de les enfoncer encore un peu plus dans les coussins soyeux du panthéon. Il y en a d’autres qui attendent sagement leur tour…mais ce sont toujours les mêmes qui reviennent. Je n’ai rien contre eux, non, mais franchement, je ne comprends pas comment ils peuvent évoquer la moindre sexualité. Si le sexe est arbitré par les new york dolls, je veux bien faire vœux de chasteté.

 

Revenons-en à ton groupe ; ce n’est pas risqué d’arrêter la scène alors que vous commenciez à prendre du poids ?

 

Ce n’est pas idéalement ce qui pouvait se faire de mieux. Mais c’est un choix de vie, et en même temps ça pose nos limites. Un grand groupe ce n’est pas seulement un groupe capable de faire de la bonne musique dans sa chambre ou dans un studio, c’est aussi un groupe capable de montrer son talent au public. De mon coté, le courant commençait à passer. On commençait à vraiment se lâcher sur scène, le but n’étant pas de jouer aux autistes mais de faire partager quelque chose au public. Il faut réussir à toucher l’inconscient collectif pour jouer dans la cours des grands, pour devenir une légende. Ça, d’emblée, je peux te dire que ça ne nous était pas acquis. Et ça ne s’apprend pas. Tu te connectes au cerveau des gens spontanément ou tu restes en arrière plan. Il ne s’agit pas de convaincre le public en faisant des discours, il s’agit de les persuader intimement par la force de ta musique. C’est une alchimie innommable ; le mot charisme renvoie à des choses malheureuses. C’est pas un truc de rhéteur laborieux, ça c’est le coup classique des groupes pour étudiants, ni même un truc de chaman, ça c’est bon pour les charlatans. C’est autre chose, je ne sais pas si tu vois…

 

Oui, c’est le mystère éternel, c’est ce qui fascine les gens. On se prend tous la tête la dessus. Tu aimerais devenir une légende ?

 

Je n’en demande pas tant. A l’origine le groupe a été monté parce que j’avais quelques idées de compos et que je trouvais dommage de les perdre. Quand on commence à créer quelque chose, il est bon de voir jusqu’où ça peut mener. Pas d’ambitions carriéristes, pas même d’ambitions tout court. C’est juste pour le plaisir d’être allé jusqu’au bout, d’avoir créé quelque chose qui t’appartient en propre. Tu vois le disque et tu te dis : « c’est moi qui ai fait ça ». Après la qualité du truc, c’est une question honnêtement secondaire quand tu commences. Enfin, quand tu commences comme nous, c’est-à-dire sans grande perspective. Il faut savoir qu’on était tous un peu à la ramasse.

 

Les drogues ?

 

Non, pas du tout. Juste un problème d’adaptation professionnelle. On va dire ça comme ça. Mais pas les drogues ; je suis assez strict la dessus. Notre premier bassiste était un junkie fini. On a dû le débaucher. Ce n’est pas tant sur le plan musical que ça coinçait. Il ne faut pas exagérer ; ce n’est pas du funk, des lignes de basses à trois notes la minute, même un défoncé peut faire ça. C’est sur le plan des relations humaines que ça devenait tendu. Il y avait mésentente générale. Quand le type a commencé à disjoncter avec son couteau à beurre, on a compris ce qu’il nous restait à faire.

 

Comment ça se passe sur le plan collectif ? Souvent ce que tu dis de tes morceaux ne ressemblent pas à ce qu’on entend…qu’apportent les autres ?

 

(Sourire) Je vois ce que tu veux dire. Je m’emballe vite. Je pars dans mes délires. J’ai très clairement des idéaux musicaux. Tout cela est très net dans ma tête, moins perceptible dans notre musique peut-être. Parce que ce qui résulte d’un groupe n’est jamais qu’un compromis. Dit comme ça, c’est assez médiocre, mais il faut bien avouer qu’on attend rarement à une forme d’absolu. Je veux dire : on forme rarement une entité parfaitement unifiée ; il y a toujours des tendances différentes qui s’expriment. Tu as entendu cette trompette sur « at the wheel » ? elle  a une signification précise pour moi, mais les autres membres ont hésité avant de l’accepter, ils auraient voulu que ça sonne autrement. Je fais des concessions aussi. Dans l’ensemble, on peut dire que j’ai deux influences majeures : Van Morrison d’un coté et la pop anglaise mid eighties de l’autre. Prefab sprout, des trucs de ce genre…Mais Antoine (bassiste) insiste parfois pour qu’on impose un gros son de basse à la Jah Whobble. Tu vois la mixture que ça donne ?

 

Au fait, c’est quoi cette histoire de « morue trempée » dans votre single?

 

C’est assez vulgaire…pas très gentleman. Un sale coup qu’on m’a fait. Je ne m’en suis pas trop mal tiré. Un soir une ex m’a appelé alors qu’elle était en plein accouplement avec son nouveau copain. Elle pensait que ça me ferait souffrir. Heureusement, je ne la tenais plus qu’en basse estime depuis longtemps. J’ai donc gardé mon sang-froid et je lui ai demandé stoïquement de poser une question à son brutus. Elle m’a dit « attends, je te le passe. ». J’entendais le mec beugler dans le téléphone, je ne sais pas quoi, des petits bruits rauques et étouffés. Je lui ai dit : « bonsoir ! ». Mais il était trop occupé pour répondre. Je lui ai demandé si quand elle avait un orgasme, elle empestait toujours autant la morue trempée. Ce connard a eu la présence d’esprit de me répondre « comment tu peux le savoir ? elle n’en a jamais eu avec toi. ».

J’étais furieux de cette répartie. La fille je m’en foutais, mais le bon mot m’a déplu. J’ai ruminé ma vengeance poings serrés pendant des jours. Durant un moment j’ai même songé à laisser un pigeon mort devant leur porte, pour les intimider. Mais je n’aurais jamais osé faire de mal à cette fille, alors comment en aurais-je fait à un pigeon ?

     

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VOL DE MATERIEL A N-Y; ARCADE FIRE SERAIT PARMI LES PROCHAINS SUR LA LISTE  (digressions, sans garde-fou...) posté le dimanche 28 mai 2006 21:43

Je suis choqué, outré, indigné...les mots me manqueraient presque. Je ne suis pourtant pas moraliste (quoique...) mais j'aime la droiture, l'honneur et j'ai un certain sens de la justice et, surtout, de la liberté.

Or, je suis tombé sur un site où un groupe de hip-hop, the limozeenz, fait grand cas de ses exploits faussement arsène-lupinesques: vols de matériels à Brooklin, dérobé entre autres au Brian Jonestown Massacre -qui s'en remettra, c'est vrai- ainsi qu'à d'autres groupes, plus ou moins bons -là n'est pas la question.

L'argument serait le suivant, d'après ce que mon très faible niveau d'anglais m'a permis de comprendre: les limozeenz seraient des gens outrageusement sensibles, qui souffriraient le martyr lorsqu'un mauvais disque est promu par la presse et aquiert la notoriété qu'il ne mérite pas. D'où ces actes extrémistes...pour se venger de la souffrance infligée par l'écoute d'arcade fire, des fiery furnaces -vraisemblablement prochains sur la liste -faîtes attention, mes deux amis...pour Anton Newcombe, je ne m'inquiète pas, il ne se laissera pas prendre une deuxième fois -ça ne le dissuadera sans doute pas de retourner à N-Y, avec un flingue chargé cette fois...

Que des groupes que j'aime passent pour de la merde ne me dérange pas le moins du monde –du moment que je peux les écouter en paix- mais ces vols me donnent l'impression que le but inavoué serait de nous les interdire. Autrement dit, dans un monde idéal, batti par ces créatures qui, je le reconnais, affichent des ressemblances troublantes avec l'homme, l'écoute de la musique se limiterait à quelques élus...pour combien de damnés? Qui peut juger de la qualité réelle d’un groupe de rock ? Les limozeenz sont aussi musiciens (hip-hop) ; j’aime plutôt ce qu’ils font, mais combien pourraient dire d’eux ce que eux disent du Brian Jonestown Massacre ? S’ils viennent en France, je vous propose qu’on forme un gang et qu’on vole leurs platines, qu’en dîtes-vous ?

Voici le lien qui permet d’accéder à une interview. Pour aller à la bonne page: une fois que vous êtes sur le site, dirigez-vous vers les news. L'article remonte à février 2006. Si vous êtes anglophone, prière de m'expliquer en détail, le contenu de cette discussion:

http://www.radcompany.net/Storys/NewsStorys/limozeenz/limozeenz.htlm

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Attention, chien méchant  (digressions, sans garde-fou...) posté le mercredi 17 mai 2006 23:05

Je continue de refaire l’histoire, à laquelle je ne sais finalement pas grand chose, sinon qu’elle semble parfois injuste. Si elle ne l’a pas été elle le sera. Je prévois que dans une vingtaine d’années, si la jeune et fougueuse génération s’empare du pouvoir critique et contrôle les normes du goût dans le monde de l’indé, les libertines, les strokes, et quelques autres seront promulgués meilleurs groupes des années 2000 –ce qui, en soi, ne me dérange pas puisqu’il est vrai que ce sont là d’excellents groupes.

Tant qu’on y ajoute pas certains autres, de la même lignée, franchement rock’n’roll, mais…je parle des singes, là, les arctic monkeys…musique bonne pour les fins des soirées entre potes, quand on se vautre sur le divan une bière à la main… « ah ouais, putain, il a de la gueule ton disque ! »…on se roulerait bien un petit bédo tiens…on peut danser aussi…

Je vomis ce genre d’ambiance. Je préfère aller me coucher.

« Mais merde quoi, t’es jeune ! Tu aimes danser, non ?... Tu peux pas dire ça, à ton âge on aime danser. Et puis il faut se frotter un peu dans la vie, tu vois ce que je veux dire ? ‘faut bouger, t’as un corps, t’as des sensations…et fais attention à ton style…pff, qu’est-ce que t’es naze…t’es vraiment chiant par moments…c’est pas étonnant qu’aucune donzelle veuille de toi…si tu lui fais écouter tes trucs…non, franchement : tu sais très bien que ce que t’écoutes c’est nul, ton corps le sait, c’est comme des cocktails sans alcool : si tu veux pas d’alcool, dans ce cas-là ne prends pas de cocktail…joue pas aux pseudos-intellos, tu vaux mieux que ça, je te le dis parce que tu vaux mieux que ça, n’écoutes pas un truc parce qu’on t’a dit que c’était bien. Les mecs qui ont dit ça, ce sont des vieux crevards de journalistes quadragénaires, qu’est-ce que tu attends d’eux ? ils n’ont plus le rock’n’roll dans la peau, ils s’affadissent avec l’âge, ils s’embourgeoisent. Tu voudrais pas devenir comme eux ? pas à vingt ans ? Tu veux pas écouter le rock promulgué par le ministère de la culture…t’en as quoi à foutre de la musique pour vieux ? Si encore c’était du classique, de la grande musique, mais là…c’est du faux rock, de la musique ramollo, qui ne heurte personne, des trucs policés et sages…»

Désolé d’écrire ce genre de conneries, je ne voulais pas que de tels propos infestent mon blog, mais c’est plus ou moins un condensé de ce que j’entends dans la bouche poisseuse et aigre des rockeurs purs et durs. Je regrette de ne pas être en mesure de restituer fidèlement leur verve rugueuse mais flamboyante, car c’est encore chez eux ce qui m’intéresse le plus. Ils ont dans le sang quelque chose qui circule et que je n’ai pas, une sorte de fluide qui donne à chacun de leurs mots, à chacun de leurs gestes, à chacun de leur regard, une autorité que je ne peux avoir que par la réflexion sage et introspective. Ils ont le truc qui fait qu’on est rock’n’roll ou qu’on ne l’est pas. C’est aussi ce qui différencie un solo de guitare de Hendrix avec celui d’un aimable mais trop scolaire disciple. C’est  ce qui crée la supériorité de joy division sur les étudiants fadasses de bloc party. Ce qui fait la profondeur de Johnny Cash comparé à la fadeur de Mark Knopfler. C’est quelque chose qui ne se raisonne pas, c’est une attitude générale, un état d’esprit, lié à une forme de liberté et à un tempérament instinctif qui préfère la spontanéité du génie au travail laborieux du talent. Je n’ai pas cette aptitude à la spontanéité, et il se peut qu’un peu de ressentiment et de jalousie viennent de temps à autres parasiter la froide mesure que j’aime me donner (parce que c’est là l’attitude qui me sied –il s’agit de vouloir ce que de toute façon on ne peut qu’être). Je ne nie pas que j’admire l’intensité palpable et immédiate qui jaillit d’un morceau de rock’n’roll –sinon je n’écouterais pas les clash ni les strokes. Mais une chose néanmoins doit être mise à plat : la bêtise inéluctable qui résulte du refus de prendre en compte toutes les postures possibles dans la vie.

Qu’on me dise que tel ou tel groupe que j’aime est merdique m’importe peu ; je n’ai besoin de personne pour apprécier une musique. Je ne me prive pas non plus de dire aux autres qu’ils écoutent des choses…bien à eux…bien pour eux…mais point trop pour moi –les arctic monkeys, donc. Les jugements de goût, on s’en moque un peu dans le fond. La seule chose qui compte, c’est de s’assurer que ces disques qui font notre bonheur continuent d’exister. Pour cela, les fans, comme moi, se réunissent sur internet et discutent musique. Bien ou mal. Là n’est pas non plus l’essentiel ; pour une bêtise dite, il y a toujours un redresseur de torts et c’est tant mieux. Tant qu’on parle d’un disque, il existe. La musique ne souffre pas le silence. C’est là ce qui fait le plus peur. Quand un disque se sera fait assassiner au point que pas une bonne âme, par esprit de contradiction, par curiosité et par mépris du bon goût ne daigne l’écouter et/ou faire l’investissement alors il y aura à craindre pour sa survie. Le disque sombrera dans l’oubli, et qui donc percera le silence ?

Là se trouve le sens de ma remise en cause des jugements de valeur concernant le rock progressif. Je le répète, je ne connais pas grand chose au genre mais je suis persuadé que certaines des musiques que j’écoute et que j’aime iront rejoindre dans un futur plus ou moins proche les limbes du rock, en attente d’un passage par le purgatoire.

Beaucoup de pseudos-amateurs de rock savourent en esthète les disques anthologiques des stooges, du Mc5, comme on savourerait un bon cigare, mais font la fine bouche quand un groupe de rock reprend le flambeau. Peut-être parce dans le fond, ils aiment avant toute chose la musique calme, cérébrale, celle dont on apprécie tous les détails, celle qui diffuse des sentiments plus que des émotions vives. Ou alors, ils aiment se lover dans la mélancolie, se perdre en profondeur dans des délires tristes. Dans vingt ans, on leur dira que ce qu’ils écoutaient était pourri et ils tomberont de haut. Peut-être que, vains et opportunistes, ils retourneront leur veste : « ah oui, les arctic monkeys, ça c’est du grand rock’n’roll ! ». Qu’ils aillent au diable les traîtres. Mais ceux-là ne sont pas aussi détestables que ceux qui les auront « incités » à aimer (peut-on appeler cela aimer ? il y a autosuggestion et violence faîte à sa propre nature) les arctic monkeys et leurs compères. Ceux qui décident de ce que doit être le bon goût aujourd’hui ne sont pas très favorables, il est vrai, aux arctic monkeys, mais l’on sait bien que les temps changent et que les générations se prennent chacune à rebrousse-poil. Les tenants du bon goût de demain tiendront peut-être ce propos : « et pendant que des milliers d’étudiants neuneus se pâmaient devant les grossières surenchères d’arcade fire ou les cliquetis artificiels de clap your hands say yeah, pendant que des intellectuels s’endormaient avec godspeed you ! black emperor en se donnant bonne conscience : « j’écoute une musique underground et anarchiste », seuls les cœurs intenses et romantiques pleuraient la séparation des libertines, seuls les gens jeunes, vivants et lucides dansaient avec les arctic monkeys…etc ». On voit très clairement que les jugements musicaux sont plus moraux qu’esthétiques. Certains traits de caractère, certaines attitudes, certains sentiments sont privilégiés au détriment des autres. Pour les amateurs de Tortoise, les arctic monkeys c’est bon pour les singes (je ne suis pas très loin de le penser, mais c’est qu’on m’a énervé, dès lors, les différents s’exacerbent), pour les autres Tortoise c’est de la musique d’élitistes dénués de sensibilité et finalement ridicules dans leur prétention.

En général, dans l’histoire du rock ce sont toujours les seconds qui l’emportent (cf le punk, qui a fait la nique au rock progressif). Oasis sera toujours un groupe de rock plus important que yes, parce que dans ce contexte, la prétention est un plus vilain défaut que la bêtise (je n’ai pas choisi pour rien l’exemple d’oasis) -quoiqu’on puisse dire aussi qu’il est très bête de s’imaginer qu’un groupe comme yes ait pu avoir les épaules pour soutenir ses prétentions.

Mon propos devient confus ? J’aurais voulu faire clair, mais il s’agit là d’un billet d’humeur. La seule chose que j’avais à dire étant tout compte fait la suivante :

Je suis calme, ou du moins j’ai besoin de calme, alors j’écoute des musiques calmes. Je n’aime pas danser tous les jours, alors j’écoute souvent des musiques qui ne procurent pas d’effets physiques puissants. L’arrogance, la fougue, le style qui en découle, le rythme, l’énergie, le mouvement, qui sont quelques-unes des valeurs du rock ne sont pas forcément les miennes, et j’aspire à une critique qui puisse évincer son mépris pour certaines caractéristiques morales, comme le fait d’être attiré par des musiques calmes, non bruyantes, moins rythmées, où la personnalité du chanteur est moins forte, des musiques en demi-teinte…dans mon panthéon personnel, galaxie 500 aura toujours plus d’importance que nirvana et wilco tiendra sans cesse une place plus élevée que les libertines, quoique j’apprécie également ce groupe.

Je n’ai pas de goût pour the dark side of the moon, mais devant le mépris ricaneur que les fans de rock lui adressent, je préfèrerais encore par esprit de contradiction l’écouter vingt fois plutôt que de m’enfiler l’album des arctic monkeys. Et je conçois parfaitement qu’il y ait des gens qui aiment ce disque sans pour autant être des pseudos intellos, des élitistes ratés ou…enfin, bon, bref. Il est temps d’aller se coucher, je crois.

Si vous avez des objections, prière d’en faire part et de laisser l’adresse mail, car j’ai une curieuse envie d’en découdre en ce moment.

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Grant McLennan  (digressions, sans garde-fou...) posté le dimanche 07 mai 2006 22:16

Il n’était pas prévu que j’écrive aujourd’hui mais la nécessité fait loi. J’ai appris ce matin le décès de Grant McLennan, leader avec Robert Forster des go-betweens, un groupe de pop fabuleux, qui a marqué les années 80 en douceur, et dont quelques poignées de jeunes gens qui n’ont pas plus de vingt-deux ans, comme moi, et qui par conséquent n’étaient pas en âge de connaître le groupe pendant le sommet de sa carrière, sont désormais des familiers, au même titre que des vétérans de cinquante ans. Puisque leurs beaux morceaux continuent d’irriguer les sens des générations nouvelles –mais en discrétion, loin des feux de la rampe, comme d’habitude- il est juste de rendre hommage et au groupe et à l’artiste.

 

Je ne vous ferai pas l’historique entier et précis du groupe, faute de connaissances, mais juste un bref résumé de leur carrière : Grant McLennan, né en Australie en 1958, et rencontre Robert Forster à l’université alors qu’ils suivent un cursus artistique. A deux, ils décident de former les go-betweens, avec à la batterie Lindy Morrison et à la basse Robert Vickers (qui sera remplacé en 88 par John Wilsteed). Ils se font remarquer par Alan Horne, le boss du label postcard, qui abrite les groupes écossais dont l’influence a rejailli plus tard sur Franz ferdinand : orange juice, aztec camera, Joseph K. Après y avoir signé un single, ils retournent en Australie et enregistrent send me a lullabye (1981). Puis, attiré par la scène anglaise, ils s’installent à Londres. Pour beaucoup, dont moi, les go-betweens restent un groupe mi-anglais, mi-australien. De leur terre natale ils ont gardé un goût très prononcé pour la musique folk mais leur départ en Angleterre est justifié par leur goût pour une pop raffinée et délicate, celle dont les smiths se feront plus tard le blason. C’est un certain âge d’or de la pop anglaise, mid-eighties, qui commence alors. Before hollywood sort en 1983, il est suivi de spring hill fair en 84. Vient ensuite la période de ce qui est aujourd’hui considéré comme les trois albums phares du groupe : Liberty Belle and the black diamond express en 1986, Tallulah l’année suivante, qui marque l’arrivée d’Amanda Brown, avec violon et hautbois, puis 16 lovers lane en 1988, qui a été enregistré en Australie. Ce dernier album a fini d’entériner la réputation du groupe. S’il ne bénéficie pas des feux de la rampe, s’il reste culte mais pas mythique, il a au moins le privilège d’être chéri par les amateurs de pop indé, comme une des plus belles pages de l’histoire de leur musique favorite.

 

Le groupe s’est ensuite séparé mais s’est reformé en 2000, avec trois albums à la clé, dont je ne connais pas même les noms. Sauf celui du dernier : ocean’s apart, sorti en 2005. Je ne les ai pas écoutés, je me suis limité à deux albums, en attendant de découvrir les autres. Mais de ces deux-là, je peux dire que je ne parviens pas à les épuiser. Il s’agit de Liberty Belle et 16 lovers lane. De quelle façon se sont-ils introduits dans ma vie, je le tairai, par pudeur. Le premier étant lié à l’un des meilleurs moments de mon existence, j’y suis particulièrement attaché et je ne crois pas être capable d’en faire la chronique. Un autre jour, peut-être…

Un album des go-betweens demande d’abandonner tout préjugé lié à la production des années 80. En effet, le son a quelque peu vieilli (la grosse caisse sur certains morceaux, certaines parties de violon, le réglage des guitares) mais ce qui serait embarrassant chez d’autres groupes passe inaperçu dès la seconde écoute chez les go-betweens. Parce qu’ils ont les chansons. Je ne peux pas le dire mieux. Les couplets, les refrains, les paroles, les voix…de belles chansons, lumineuses, tristes et entraînantes à la fois, simples mais nuancées dans les émotions qu’elles provoquent. Elles ont quelque chose de précieux : la justesse du ton. Les aléas amoureux sont évoqués sans mièvrerie, avec une sorte de légèreté qui ne masque pas la tristesse mais la rend nonchalante.

Le groupe a aussi cette particularité d’avoir en son sein deux auteurs/compositeurs/interprètes, comme McCartney et John Lennon en leur temps se répartissaient la tâche au sein des beatles. D’un coté les chansons de Robert Forster, souvent plus sombres, de l’autre celles de McLennan, bienveillantes, dynamiques et enjouées, bien que ce stéréotype demande à être tempéré. Toutes sont d’un égale beauté. De Forster j’apprécie surtout la voix, intense et plus proche de la parole que du chant, une voix de brun ténébreux si l’on peut dire. De McLennan j’apprécie par-dessus tout les compositions. L’une d’entre elles, « you won’t fin dit again », simple comme bonjour, épurée, sans arrangements, comme du Dylan pop, a tourné en boucle sur ma platine à l’époque où je l’ai découverte, sur le cd d’inédits qui accompagne la réédition de 16 lovers lane. Il y a un moment où j’aime particulièrement son chant, et je repassais pendant plusieurs minutes, l’oreille rivé sur l’enceinte, ces quelques secondes, essayant tant bien que mal de saisir ce qui, dans ces quelques syllabes, me semblait bouleversant, voulant toujours le revivre, plus encore que la fois précédente.

 

Il n’y a pas de raison pour que cela cesse. Sa mort n’empêchera pas ses disques de vivre encore, et j’espère qu’il y aura parmi la jeune génération à laquelle j’appartiens d’ardents défenseurs du groupe et pourquoi pas, de nouveaux groupes pour s’inspirer de ce qu’ils ont créé ensemble pendant les années 80, loin d’être aussi moches qu’on veut bien le dire.

 

Pour visionner le clip de spring rain: http://www.youtube.com/watch?v=y5CRiS8bRTw

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