J’avais honteusement omis la catégorie « compilation » sur mon blog. Une compil’ ne sert à rien si l’artiste a créé un album parfait et rien de très valable en dehors ; elle sert déjà un peu plus quand tout ce qu’a créé l’artiste est excellent mais qu’on n’a pas envie d’acheter tous les albums ; elle sert beaucoup quand elle réunit les singles, les face-b et les inédits indisponibles hors ladite compilation ; elle peut même être indispensable lorsqu’il s’agit de découvrir un artiste qui a œuvré à une époque où le disque n’était pas un concept mais juste un support.
C’est la cas, entre autres, de Roy Orbison. Il y a bien l’album mystery girl, sorti au début des années 90, mais l’homme a vieilli et la production est moderne. Or, c’est un fait : on préfère toujours découvrir un artiste lors de ses jeunes années, à l’époque qu’il a marqué de son empreinte et qui, dans l’histoire, lui reste associée. On se replonge donc dans le début des années 60, avant que les Beatles ne définissent ce que sera la pop moderne. Début 60, quoiqu’on en dise c’est encore l’ère du rock’n’roll, celui d’Elvis Presley ; tout une génération de chanteur à laquelle appartient aussi Johnny Cash se réunit. Pas de mouvement à proprement parler mais, comme aujourd’hui, les individualités se côtoient, de près ou de loin. De cette époque nous restent quelques noms, figés dans une sorte de panthéon un brin poussiéreux, dont les têtes apparaissent sur une photo laissée à la postérité, un peu comme la photo des éditions de minuit, qui réunissait quelques personnalités du Nouveau Roman, quoique celui-ci n’ait jamais existé en tant que mouvement. Impossible de dénicher cette photo sur le net ; elle aurait un peu égayé mon site, peu reconnu pour la qualité de la présentation iconographique…
Roy Orbison est resté dans la mémoire populaire pour avoir chanté « oh, pretty woman » et « only the lonely (know the way i feel) », l’idéale chanson de l’âme esseulée, faite de mots simples mais justes. C’est l’un des pouvoirs des meilleures chansons d’alors : en quelque mot, elles habillaient une humeur, elles synthétisaient un sentiment sans pour autant l’intellectualiser (et donc l’assécher), sans le réduire non plus à une banalité (et donc le rendre insignifiant). C’est qu’elles touchaient droit au cœur, elles visaient l’universel. Elles n’omettaient pas pour autant les détails qui peuvent sortir l’expression d’un sentiment de l’étalage des platitudes conventionnelles. Un détail pouvait signifier beaucoup et restait suffisamment suggestif (et non démonstratif) pour que chacun y sente quelque chose de plus général, de partageable. Bon, du coup, c’est moi qui verse dans la généralité. D’autant que je vous avouerais franchement que je ne connais pas toutes les paroles des chansons de cette compil’. La voix de Roy Orbison parfois me suffit à sentir le feeling. Une voix immaculée, d’une pureté qui confine à la grâce, sans être efféminée (le tort majeur de tous les chanteurs qui se veulent sensibles mais qui pensent visiblement que la sensibilité est l’apanage de la femme). C’est une voix virile mais c’est celle d’un beautiful loser, d’un amoureux éperdu et sensuel, d’un crooner en proie aux pires aléas de la fortune mais qui s’en sort toujours avec classe. Quand il s’adresse à une femme, on dirait parfois qu’il s’adresse à une muse, à une déesse. Ses chansons semblent toujours s’envoler vers un ciel que lui seul connaît : alors même qu’il parle de choses terrestres, quotidiennes et simples, on dirait qu’il lève les yeux au ciel. Un chanteur de charme qui semble lui-même charmé. C’est là la force de ses chansons : le mélange parfait entre le corps, la sensualité, l’instinct, les sentiments, les choses de la vie et avec tout cela, une forme de transcendance.









